Vue du village de Roquebillière

Village de Roquebillière


(texte extrait du dépliant de Roquebillière sur le site « vesubian.com »)

armoiries du village de Roquebillière

Roquebillière, surnommée la « Roche aux Abeilles » (Rocabilliera), est un village de la vallée de la Vésubie dans les Alpes-Maritimes, marqué par une histoire de résilience face aux catastrophes naturelles.

Détruit en grande partie par un éboulement le 24 novembre 1926, le village a été reconstruit sur la rive droite dans les années 1930, tout en conservant son vieux village médiéval.

Points clés de l’histoire de Roquebillière

Origines et Moyen Âge

Mentionné dès le XIIe siècle, le village était une communauté dépendante des comtes de Provence. Il a été le fief de la famille Grimaldi de Beuil au XVIe siècle avant de passer sous le contrôle des ducs de Savoie. L’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem s’y est établi dès le XIIIe siècle.

Les Catastrophes

La commune a souvent été frappée par la Vésubie (crues en 1094, 1743, 1789) et des tremblements de terre (1494, 1564, 1887). L’éboulement de 1926 a causé la destruction de 11 maisons et fait 16 morts, entraînant le déplacement du centre du village

Développement

Après le rattachement à la France en 1860, la commune se développe, notamment grâce à la station thermale de Berthemont, connue depuis l’Antiquité et développée à la fin du XIXe siècle.

Époque moderne

Le « nouveau » Roquebillière s’est installé sur le plateau du Cros. Récemment, la commune a été gravement touchée par la tempête Alex le 2 octobre 2020.

Aujourd’hui, Roquebillière se compose du vieux village sur la rive gauche et de l’agglomération moderne sur la rive droite, constituant un centre important de la vallée avec des équipements comme le collège et le centre thermal de Berthemont-les-Bains.

Quelques dates

L’histoire de Roquebillière est celle d’un village martyr. Plusieurs fois détruit ou dévasté par les éléments déchaînés, il est ressorti de chaque épreuve plus grand et plus beau.

A l’origine, les premiers habitants sont des Liguri-Capillati. Le nom de la tribu est Vésubiani. Pasteurs de leur naturel, ils s’installent entre le Caïre del mel et le Castel-vieil. Aujourd’hui encore on peut retrouver des vestiges de ruelles, d’un cimetière (lou cimenteri). Les Vésubiani s’opposent plus tard aux invasions romaines mais ils succombent sous le nombre et passent alors sous domination de Rome. Cette victoire est reportée sur le trophée d’Auguste à la Turbie.

  • 261 : l’impératrice Cornélie Salonie vient aux bains d’eaux sulfureuses de Berthemont pour s’y soigner. Guérie elle accorde la liberté de conscience aux “indigènes” qui avaient été convertis au christianisme par Saint Dalmas.
  • 566 et 614 : des tremblements de terre on lieu. Le village se reconstruit au Quartier de la Bourgade. Une église est également construite.
  • 778 : Roquebillière est rattaché au comté de Vintimille. C’est vers cette époque qu’est construit le moulin à grain.
  • 1094 : suite à une crue de la Vésubie le village est détruit à l’exception de l’église. Les habitants s’établissent alors sur la rive gauche de la vésubie à l’emplacement actuel du vieux village.
  • 1147 : le nom de Roquebilliera apparaît sur un écrit qui deviendra Rocca Billera ensuite Rocca a Bigliéra, en français, le rocher aux abeilles.
  • 1257 : Roquebillière passe à la maison d’Anjou.
  • 1388 : le village se donne à la maison de Savoie.
  • 1431 : on construit le chemin de Levens qui conduit vers Nice. A compter de cette date Roquebillière prend un essor extraordinaire et devient un centre commercial ou se réunissent tous les négociants de la Tinée du Var et de la Roya.
  • 1564 : un tremblement de terre détruit à nouveau Roquebillière en faisant 300 morts.
  • 1680 : Roquebillière est donné en fief au Comte Antoine Garagno.
  • 1753 : nomination du premier instituteur.
  • 1772 : encore une inondation qui cause des dégâts aux bas quartiers. Des travaux d’endiguement sont entrepris. Un cadastre est écrit et terminé par le géomètre Rostagni de la Bollène.
  • 1796 : le comté de Nice est cédé à la France et Roquebillière devient chef lieu du canton.
  • 1814 : retour à la maison de Savoie. Victor Amédé de Savoie accordait deux foires, la première le 10 octobre et la deuxième le 25 novembre. De nos jours nous en avons 3 de plus, le 10 janvier, le 1er avril et le 25 mai.
  • 1832 : la vente massive de bois permet d’effectuer d’importants travaux : Le canal d’arrosage du Caire, la fontaine de Vignols (captage de source). L’établissement thermal de Berthemont à 5 km en amont du village, le pont sur la Vésubie entre la bourgade et le village.
  • 1860 : le comté de Nice devient définitivement français.
  • 1870 : la première route qui passe par Levens arrive à Roquebillière.
  • 1909 : construction de la voie ferrée pour le tramway.
  • Le 24 novembre 1926, un glissement de terrain des hauteurs de Belvédère engloutit une 20 de maisons et provoque la mort de 19 personnes. On construit des baraquements en bois sur l’esplanade devant l’église et pendant 8 ans on y loge les personnes sans abri.
1926 catastrophe à Roquebillière - vue du village

1926 – glissement de terrain à Belvédère

1926 catastrophe à Roquebillière - effondrement de la butte en terre
  • 1933 : on entreprend la construction du nouveau village de Roquebillière sur la rive droite de la Vésubie au lieu dit « le Cros » ou se trouvaient de très beaux terrains.

Suite du récit historique

Nous ne connaissons rien de précis des origines du village, la documentation nous manque, car, comme pour l’ensemble du pays niçois, nous ne disposons d’aucune information écrite avant l’an mille et les documents sont rares jusqu’au XIIIe siècle. Nous devons nous rapporter à ce que nous apporte la tradition orale à laquelle nous ne pouvons accorder une confiance absolue. Le témoignage le plus ancien date de 1860 et rapporte qu’il existait une très grosse agglomération à Gordolon au temps de Rome (la région de Gordolon se situe au centre du bassin principal de la Vésubie, en aval du confluent de la Gordolasque), qui avait été détruite et que ses habitants se seraient séparés pour aller fonder La Bollène, Belvédère et Roquebillière.

Cette tradition d’un village itinérant est ancienne. Dans un article du 26 mai 1909 paru dans le Petit Niçois, le journaliste écrivait :

« Payés pour ne plus croire aux installations durables et décidés désormais à ne dormir que d’un œil et un pied toujours levé, les habitants de Roquebillière s’installèrent sur la rive gauche, sans ordre sans goût, parce que sans foi dans l’avenir : c’était provisoire, c’est heureux parce que chez nous, le provisoire dure plus longtemps que le définitif, c’est presque la pérennité. »

Ce dernier trait d’humour n’avait malheureusement pas lieu d’être, car le journaliste se trompait : l’article est écrit en 1909 et 17 ans plus tard, le 24 novembre 1926, un terrible éboulement, causant la mort de 19 villageois, mis en cause la présence de l’agglomération en ce lieu et provoqua un nouveau départ du village vers le plateau du Cros en rive droite où il a été reconstruit.

Cette tradition orale ignore la présence, dans le bassin central de la Vésubie, de deux seigneuries ecclésiastiques. Le 16 février 1076, le seigneur Rostaing restitua à la grande abbaye niçoise de Saint-Pons, les revenus de l’église Sainte-Marie de Gordolon et les manses de Gordolon et du Gast (la région du Gast est en rive droite de la Quartier “La Bourgade” à gauche avec l’église Saint-Michel-de-Gast et le “Vieux Village”. Puis, en 1141, l’évêque de Nice donna l’église du Gast à l’ordre militaire et religieux de Saint-Jean de Jérusalem, appelé également Hospitalier et, plus tard, ordre de Malte.

La liste des taxes synodales du XIIe siècle ne mentionne que Gordolon et le Gast et si le nom de Roquebillière apparaît en août 1147 dans une charte, il faut attendre la liste des castra dressée vers 1235, pour y trouver la première mention d’un castrum de Roquebillière. Sans doute, la présence des deux seigneuries ecclésiastiques retarda la reconnaissance de Roquebillière comme communauté.

Le choix de la rive gauche pour y implanter le village historique doit avoir été principalement motivé par les deux raisons suivantes :

  • la nécessité de s’établir sur une terre hors des deux seigneuries, celle de Gordolon plus au sud et celle du Gast en rive droite ; Images du “Vieux Village”,
  • cet emplacement est à la croisée des chemins, le chemin de Saint-Martin Vésubie qui conduit en Italie par le col de Fenestre, le chemin de Lantosque pour se rendre vers Nice, le chemin de la Bollène qui conduit à Sospel (Sospel fut chef-lieu de la Viguerie pendant plus de cinq siècles), le chemin de Belvédère qui, par le col de Raus, relie directement la Vésubie à la Roya.

L’histoire de Roquebillière se confond avec celle du pays niçois. Après l’effondrement du pouvoir carolingien et l’apparition de seigneuries privées, le pouvoir central reprit la main au temps des comtes de la maison de Barcelone, puis de la maison d’Anjou.

En 1388, la viguerie du comté de Vintimille et du Val de Lantosque à laquelle Roquebillière avait été rattaché, avec d’autres Vigueries (juridictions) et baillies (circonscriptions) de la Provence orientale, se soumettaient aux comtes de Savoie. Nice devenait le port du Piémont et un important trafic de marchandises dont le sel parcourut la vallée apportant une certaine richesse aux villages.

La géographie de la vallée imposait de traverser la Vésubie en face du village. Pendant de longs siècles, ce passage se faisait sur un pont de poutres, posé sur les berges peu élevées en cet endroit et, à chaque grossissement de la Vésubie, des pontiers devaient retirer les poutres pour éviter qu’elles ne soient emportées.

De nombreuses caravanes de mulets l’empruntaient. Aussi, afin d’en faciliter l’accès un règlement de 1496 précisait que la lessive ne devait pas se faire sur le pont, du moins en ce qui concernait les torchons et les vêtements.

La largeur de la vallée en ce lieu oblige de construire une longue passerelle pour franchir la Vésubie en toute période et l’État savoyard, suivant un schéma archaïque, ne finançait que très rarement les grands projets de voies de communication, laissant aux provinces et aux communes le soin d’apporter les fonds nécessaires, fonds bien sûr plus limités ce qui retardait le développement des infrastructures.

Ce n’est qu’en 1846, soit il y a moins de deux siècles, qu’une passerelle fut lancée sur la rivière, assurant une liaison pérenne entre les deux rives. Cette passerelle dont le tablier en bois a été remplacé par un tablier en fer relie toujours l’ancien village à l’église Saint Michel du Gast.

Vers 1750, Roquebillière obtenait l’autorisation d’organiser deux foires, le 10 octobre et le 25 novembre. De nos jours, les dates sont les mêmes.

Aux confins de la France et de l’Italie, le pays niçois paya un lourd tribut lors des nombreuses guerres qui contribuèrent à ruiner les villages et Roquebillière ne fut pas épargné.

En 1793 était créé le canton de Roquebillière qui comprenait également les communes de Belvédère, La Bollène, Saint-Martin et Venanson.